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Blog libre, politique et personnel de Monsieur Jean-Pierre Renard: Monarchiste/Gaulliste/Catholique, ancien Conseiller municipal gaulliste de Pierrefitte Sur Seine. Délégué de Debout La France pour la 2 -ème circonscription de la Seine Saint Denis. "Liberté: Je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer liberté" (Paul Eluard)

Note de M. le grand rabbin de France :

ENTRETIEN AVEC LE GENERAL DE GAULLE 
LE 1ER JANVIER 1968

L’entretien s’est déroulé dans une ambiance sympathique.
Alors, Monsieur le grand rabbin ?
Je lui ai dit qu’il savait la profonde émotion que la communauté juive française a éprouvée à la suite de sa déclaration.
Il m’a dit qu’il en était très surpris. Il semble croire à un certain moment que c’était le mot « peuple » qui avait choqué.
Je lui ai dit que ce n’était pas cela mais ce qu’il a dit du peuple juif.
Alors, il a déclaré que ce qu’il a dit sur le peuple juif était élogieux. Il a repris l’expression « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » pour la souligner.
D’ailleurs, a-t-il ajouté, c’est un fait que les Juifs occupent de hautes situations.
Je lui ai dit qu’il y a également un très grand nombre de Juifs qui se sentent opprimés.
Il a répondu que cela ne retirait rien à leurs qualités personnelles.
Il a ajouté qu’on ne devait pas penser qu’il avait eu l’intention de dire du mal des Juifs et il a fait alors allusion aux Juifs avec qui il a été et avec qui il est en rapport.
J’ai attiré son attention sur le fait que, malheureusement, certains termes de sa déclaration ont été utilisés par nos ennemis et je lui ai dit que c’était dans ce sens que j’avais publié mon communiqué.
À propos de ce communiqué, il l’a trouvé dur. Je lui ai dit que je ne le pensais pas. Une courte discussion a eu lieu sur ce point. Il a maintenu son point de vue.
Et puis vous l’avez fait au nom du judaïsme français.
Sans doute voulait-il laisser entendre que j’engageais tous les Juifs de France dans cette position, ce qui n’était pas pour lui plaire, et ce qui, pour lui, en ce qui concerne l’interprétation de sa pensée sur les Juifs, n’était pas celle de tous les Juifs français.
J’ai déclaré alors que j’avais fait ce communiqué pour couper court à d’autres déclarations qui, celles-là, auraient été vraiment pénibles pour nous.
Je crois que cet argument a porté et qu’il l’a admis.
J’ai tenu ensuite à parler de notre prise de position en faveur d’Israël pour préciser qu’elle ne devait pas être interprétée comme un acte de double allégeance.
Il en a convenu aussitôt, citant lui-même l’exemple des Irlandais.
Je lui donné connaissance du texte du CRIF en date de 1944 où il est dit : « le statut national des Juifs de Palestine (l’État d’Israël n’existait pas alors) n’affectera d’aucune manière celle des Juifs des autres pays et les liens qui les attachent à leurs patries. »
Puis j’ai fait allusion à son discours de la veille quand il a adressé ses vœux au pays et je lui ai demandé s’il ne voulait pas intervenir pour faciliter la paix au Moyen-Orient et j’ajoutai qu’il pourrait le faire efficacement en raison de sa grande autorité personnelle.
Mon autorité, a-t-il dit, je n’en ai pas. Vous le voyez bien. J’ai demandé à M. Eban de ne pas attaquer et il a attaqué.
J’ai répondu qu’il y a eu alors sans doute des circonstances qui ont obligé Israël à intervenir sans tarder.
Le Général a ajouté là-dessus : d’ailleurs, il ne sert à rien d’intervenir. Israël veut tout garder et s’il veut tout garder, il n’y a aucun moyen d’arriver à la paix.
J’ai répondu que ce n’était pas mon avis. J’écoute la radio israélienne. Je lis tout ce qui concerne Israël et j’ai le sentiment que si Israël reste sur le territoires occupés c’est parce que ces territoires sont des atouts qu’il lui faut conserver aussi longtemps que les pays arabes ne veulent pas signer des traités de paix.
Il a encore répété qu’Israël ne veut rien céder.
J’ai repris en disant que je n’ai pas qualité pour parler de cette question, mais que je demeurais persuadé que le président Lévi Eshkol n’a pas dit qu’il entendait annexer les territoires conquis.
Il m’a parlé alors sans me donner de détails de la lettre qu’il a reçue de M. Ben Gourion, lettre à laquelle il a répondu hier.
Le Général, en maintenant son point de vue sur la volonté d’expansion d’Israël a rappelé que....... [*] lui avait dit : il y a seulement deux millions d’Israéliens dans le pays et il en faut quatre millions.
Je lui répondis que cela ne signifie pas une volonté d’expansion. Il s’agit de peupler le Néguev.
J’ai encore insisté pour qu’il intervienne. Il n’a pas dit non, mais il n’a pas non plus donné son accord.
L’entretien s’est terminé là-dessus.

JACOB KAPLAN, 
né le 5 novembre 1895 et décédé le 5 décembre 1994,
 fut grand-rabbin de France de 1955 jusqu’à sa retraite en 1980.

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