Blog libre, politique et personnel de Monsieur Jean-Pierre Renard: Monarchiste/Gaulliste/Catholique, ancien Conseiller municipal gaulliste de Pierrefitte Sur Seine. Délégué de Debout La France pour la 2 -ème circonscription de la Seine Saint Denis. "Liberté: Je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer liberté" (Paul Eluard)
« J’ai sauté sur des murailles de ville, je sauterai bien sur des barricades qui ne sont pas si hautes ! »
Le 7 janvier 1599, Henri IV recadre les magistrats parisiens dans le cadre d’un célèbre discours au Parlement de Paris. Ce discours a pour objet d’imposer aux Parlementaires l’application de l’édit de Nantes vu d’un mauvais œil au sein de l’institution parlementaire parisienne.
Le discours complet est le suivant :
« Vous me voyez en mon cabinet, où je viens parler à vous, non point en habit royal, comme mes prédécesseurs, ni avec l'épée et la cape, ni comme un prince qui vient parler aux ambassadeurs étrangers, mais vêtu comme un père de famille, en pourpoint, pour parler franchement à ses enfants. Ce que j'ai à vous dire est que je vous prie de vérifier l'édit que j'ai accordé à ceux de la Religion. Ce que j'en ai fait est pour le bien de la paix. Je l'ai faite au dehors, je la veux au-dedans. Vous me devez obéir, quand il n'y aurait autre considération que de ma qualité et de l'obligation que m'ont tous mes sujets, et particulièrement vous tous de mon Parlement. J'ai remis les uns en leurs maisons dont ils étaient bannis; les autres en la foi qu'ils n'avaient plus. Si l'obéissance était due à mes prédécesseurs, il m'est dû autant ou plus de dévotion, d'autant que j'ai établi l'État, Dieu m'ayant choisi pour me mettre au royaume qui est mien par héritage et par acquisition. Les gens de mon Parlement ne seraient en leur siège sans moi. Je ne me veux vanter mais si veux-je bien dire que je n'ai exemple d'autre à imiter que de moi-même. Je sais bien qu'on a fait des brigues au Parlement, que l'on a suscité des prédicateurs séditieux ; mais je donnerai bien ordre contre ces gens-là et ne m'en attendrai pas à vous. C'est le chemin qu'on prit pour faire les barricades et venir par degrés à l'assassinat du feu roi. Je me garderai bien de tout cela : je couperai la racine à toutes factions, à toutes prédications séditieuses, et je ferai accourcir tous ceux qui les susciteront. J'ai sauté sur des murailles de villes : je sauterai bien sur des barricades qui ne sont pas si hautes.
Ne m'alléguez point la religion catholique. Je l'aime plus que vous, je suis plus catholique que vous : je suis fils aîné de l’Église. Vous vous abusez si vous pensez être bien avec le pape. J'y suis mieux que vous. Vous avez beau faire, je sais tout ce que vous faites, je sais tout ce que vous dites. J'ai un petit démon qui me le révèle. Ceux qui ne voudraient que mon édit passe veulent la guerre : je la déclarerai à ceux de la Religion, mais je ne la ferai pas : vous irez la faire, vous, avec vos robes, et rassemblerez la procession des capucins qui portaient le mousquet sur leurs habits. Il vous fera bon voir ! Quand vous ne voudrez passer l'édit, vous me ferez aller au Parlement. Vous serez ingrats quand vous m'aurez créé cet ennui. J'appellerai à témoin ceux de mon Conseil qui ont trouvé bon l'édit et nécessaire pour l'état de mes affaires : M. le connétable, M. le chancelier, M. de Bellièvre, Sancy et Sillery. Je l'ai fait par leur avis et des ducs et pairs. Il n'y a pas un d'eux qui s'osât dire protecteur de la religion catholique, ni qui osât nier qu'il m'ait donné cet avis. Je suis le seul conservateur de la religion : je dissiperai bien les bruits qu'on fait semer. On s'est plaint, à Paris, que je voulais faire des levées de Suisses ou autres amas de troupes. Si je le faisais, il en faudrait bien juger, et ce serait pour bon effet, par la raison de tous mes déportement passés, témoin ce que j'ai fait pour la reconquête d'Amiens où j'ai employé l'argent des édits que vous n'eussiez passé si je ne fusse allé en Parlement. La nécessité me fit faire cet édit; par la même nécessité, j'ai fait autrefois le soldat. On en a parlé, et n'en ai pas fait le semblant. Je suis roi maintenant, et parle en roi, et veux être obéi ! À la vérité, la justice est mon bras droit : mais si la gangrène s'y prend, le gauche le doit couper. Quand mes régiments ne me servent pas, je les casse. Que gagnerez vous quand vous ne me vérifierez pas mon dit édit ? Aussi bien sera t-il passé; les prédicateurs auront beau crier comme a fait le frère de Monsieur de Sillery, à qui je veux parler en cette compagnie. [NDRL : Il appelle alors de Sillery] Je vous avait bien averti qu'on m'avait fait plaintes de votre frère, et vous avais commandé de l'admonester que fut sage. J'avais cru au commencement que ce n'était rien, de ce que l'on disait qu'il avait prêché contre l'édit, parce qu'il ne s'en trouvait point de preuve ; mais il est bien vrai pourtant ; et enfin il prêcha à Saint-André, où un procureur général l'ouït prêcher séditieusement contre ledit édit. Cela m'a été révélé comme il le fallait. On le veut excuser, qu'il est emporté du zèle et sans dessein. Mais, soit par occasion ou autrement, c'est toutefois mal, et le zèle mérite punition. »
L’édit de Nantes sera finalement enregistré par le Parlement de Paris le 25 février 1599. Les Parlements de province suivront. Le bras de fer entre les Parlementaires et la dynastie des Bourbons ne fait toutefois que commencer.
Louis XIII et Louis XVI bénéficieront chacun et respectivement des expérimentés Richelieu et Mazarin pour remporter le rapport de force. Comme chacun sait, il en sera différemment de Louis XVI.
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Illustration : Pourbus le Jeune (1569-1622), Henri IV, vers 1610, musée du Louvre.
Pour aller plus loin : Joël Cornette, « L'affirmation de l’État absolu (1492-1652) », Hachette Supérieur, 2012.