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Blog libre, politique et personnel de Monsieur Jean-Pierre Renard: Monarchiste/Gaulliste/Catholique, ancien Conseiller municipal gaulliste de Pierrefitte Sur Seine. Délégué de Debout La France pour la 2 -ème circonscription de la Seine Saint Denis. "Liberté: Je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer liberté" (Paul Eluard)

Une autre dédicace personnelle à mon ami pierrefittois d'origine polonaise: Michel Swiatek:

« Un amiral né en Allemagne a passé six ans dans des camps de prisonniers nazis sans jamais prononcer un seul mot d’allemand à ses geôliers — pas même à son propre cousin. »

L’amiral Józef Unrug naît Joseph von Unruh à Brandebourg, en Prusse. L’allemand est sa langue maternelle. Il sert dans la marine impériale allemande pendant la Première Guerre mondiale et commande des sous-marins pour le Kaiser.

Mais en 1919, tout bascule.

Lorsque la Pologne retrouve son indépendance après 123 ans de partitions, Józef fait un choix qui définira toute sa vie. Il renonce à sa commission allemande, quitte son pays natal et part pour la Pologne — un État qui ne possède alors ni marine, ni navires de guerre, ni même un véritable port.

Il ne se contente pas de rejoindre l’armée polonaise. Il achète un navire avec son propre argent et l’offre à l’État, contribuant à créer l’une des toutes premières unités navales polonaises. En 1925, il devient commandant de la flotte. Il parle polonais avec un fort accent allemand, mais il bâtit une marine à partir de rien.

Lorsque l’Allemagne nazie envahit la Pologne le 1er septembre 1939, l’amiral Unrug commande la défense côtière de la presqu’île de Hel. Inférieur en nombre de dix contre un, il résiste pendant un mois, tandis que Varsovie tombe. Finalement, le 2 octobre 1939, il capitule avec honneur et devient prisonnier de guerre.

C’est alors que commence sa véritable résistance.

Les Allemands le déplacent de camp en camp — Colditz, Murnau, Woldenberg. D’anciens collègues de la marine allemande viennent le voir, invoquant les amitiés d’autrefois. Ils lui proposent grades, promotions, postes de commandement. L’amiral Karl Dönitz aurait lui-même tenté de le recruter pour la Kriegsmarine.

Puis son propre cousin lui rend visite.

Le général de division Walter von Unruh le salue chaleureusement en allemand, s’attendant à une conversation dans leur langue commune.

Unrug lui répond… en français.

Déconcerté, son cousin lui demande pourquoi il parle français.
Józef le regarde calmement et dit :
« Le 1er septembre 1939, j’ai oublié comment parler allemand. Je suis Polonais et officier polonais. »

Les Allemands sont stupéfaits. Cet homme a commandé leurs sous-marins. Il comprend chaque mot qu’ils prononcent. Sa famille a servi la Prusse pendant des générations.

Et pourtant, pendant six ans — à travers plusieurs camps, d’innombrables tentatives de recrutement et même des visites familiales — l’amiral Unrug ne prononce plus jamais un mot d’allemand. Quand on s’adresse à lui en allemand, il exige un traducteur. Lorsqu’on insiste sur le fait qu’il comprend forcément, il répond uniquement en polonais ou en français.

La langue devient son arme de résistance.

Il refuse d’accorder à ses geôliers ne serait-ce qu’une syllabe de reconnaissance. Toujours correct. Toujours formel. Toujours glacial. Ses compagnons de captivité puisent de la force dans son intransigeance. Les Allemands, eux, le trouvent de plus en plus exaspérant — impossible à briser, impossible à plier, refusant même d’admettre leur passé commun.

En avril 1945, les forces américaines libèrent son camp. Mais la nouvelle est amère : la Pologne est passée sous occupation soviétique.

Unrug choisit l’exil plutôt que le compromis. Il s’installe au Royaume-Uni, puis au Maroc où il travaille sur des bateaux de pêche, avant de finir en France. Un contre-amiral devenu travailleur manuel, préférant cela à un régime communiste ou à une pension qu’il estimait refusée à ses hommes.

Son dernier vœu est d’être enterré dans une Pologne libre, parmi ses marins. Mais il pose une condition : il ne rentrera pas tant que ses camarades assassinés durant la terreur stalinienne ne seront pas réhabilités.

Il n’y retournera pas tant que la Pologne ne sera pas véritablement libre.

L’amiral Józef Unrug meurt en France le 28 février 1973, à l’âge de 88 ans. Son épouse Zofia décède en 1980. Ils sont enterrés ensemble en France, aux côtés d’autres patriotes polonais morts loin de leur patrie.

Les décennies passent. Le mur de Berlin tombe. L’Union soviétique s’effondre. La Pologne retrouve sa souveraineté. Les officiers assassinés sont enfin identifiés et honorés.

Et l’amiral Unrug peut rentrer chez lui.

Le 24 septembre 2018 — quarante-cinq ans après sa mort — son cercueil est embarqué à bord de la frégate de la marine polonaise ORP Kościuszko. Le 2 octobre 2018 — exactement soixante-dix-neuf ans jour pour jour après sa reddition à Hel — des funérailles nationales ont lieu à Gdynia.

L’amiral Józef Unrug est inhumé au cimetière naval d’Oksywie, parmi ses officiers et ses marins, dans la Pologne libre qu’il avait attendue toute sa vie.

Il était enfin rentré chez lui.

Parfois, l’acte de résistance le plus puissant n’est ni la violence ni le sabotage — mais le refus silencieux et absolu de renoncer à ce que l’on est.
Józef Unrug n’a pas levé d’arme dans sa dernière guerre. Il a simplement refusé de parler la langue de son ennemi.

Et dans ce silence, il a tout dit.

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