Blog libre, politique et personnel de Monsieur Jean-Pierre Renard: Monarchiste/Gaulliste/Catholique, ancien Conseiller municipal gaulliste de Pierrefitte Sur Seine. Délégué de Debout La France pour la 2 -ème circonscription de la Seine Saint Denis. "Liberté: Je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer liberté" (Paul Eluard)
Friedrich Olbricht (1888-1944) – Le Général qui osa retourner l’armée contre Hitler...!!!
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Friedrich Olbricht occupe une place singulière dans l’histoire de la résistance allemande. Général de la Wehrmacht, officier d’état-major rigoureux et discret, il fut l’un de ceux qui comprirent très tôt que le combat contre le nazisme ne pouvait plus se mener seulement à la marge, mais devait frapper le cœur même du système militaire du Reich. Sa trajectoire n’est pas celle d’un rebelle romantique, mais celle d’un homme de devoir qui, pas à pas, transforma les outils de l’État hitlérien en instruments de sa possible chute.
Né en 1888 à Leisnig, en Saxe, Friedrich Olbricht est issu d’un milieu bourgeois instruit, fils de directeur d’école. Il entre dans l’armée impériale en 1907 et sert pendant la Première Guerre mondiale avec sérieux et compétence. Comme beaucoup d’officiers professionnels, il choisit de rester dans le Reichswehr réduit par le traité de Versailles, où seuls les plus capables et les plus disciplinés sont conservés. Dans cette armée resserrée, Olbricht se forge une réputation d’officier réfléchi, méthodique, attaché au droit et à l’éthique militaire.
L’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler ne suscite chez lui ni enthousiasme ni opposition immédiate. Mais très vite, la brutalité idéologique du régime, sa mise au pas des institutions et la politisation extrême de l’armée entrent en conflit avec sa conception du métier des armes. Après la Nuit des Longs Couteaux en 1934, Olbricht intervient discrètement pour sauver plusieurs officiers menacés, en facilitant leur transfert vers l’Abwehr. Ce geste, silencieux mais lourd de sens, marque une première rupture intérieure avec le régime.
Dans la seconde moitié des années 1930, Olbricht gravit les échelons. Il commande la 24e division d’infanterie et reçoit la Croix de Chevalier lors de la campagne de Pologne en 1939. Pourtant, loin de renforcer son adhésion au système, cette guerre éclair révèle à ses yeux la nature profondément criminelle du conflit voulu par Hitler. La guerre à l’Est, puis la radicalisation idéologique du combat, achèvent de le convaincre que l’obéissance aveugle n’est plus une option moralement acceptable.
À partir de 1941-1942, Olbricht devient l’un des pivots de la résistance militaire. Nommé à la tête du Bureau général de l’Armée de terre au Haut Commandement, il dispose d’un levier stratégique essentiel : le contrôle des plans de mobilisation intérieure. C’est là qu’il reprend et transforme le plan « Walküre », officiellement conçu pour rétablir l’ordre en cas de troubles civils. Entre ses mains, Valkyrie devient un instrument de coup d’État, destiné à neutraliser les SS, arrêter les dirigeants nazis et transférer le pouvoir à une autorité militaire légitime après la mort d’Hitler.
Autour de lui se cristallise un réseau d’officiers et de civils décidés à agir. Il travaille avec Ludwig Beck, Carl Goerdeler, Henning von Tresckow et, à partir de 1943, avec Claus von Stauffenberg, dont l’énergie et la détermination donnent une impulsion décisive au complot. Le bureau d’Olbricht au Bendlerblock devient le centre nerveux de la conjuration. Il place des officiers sûrs à des postes clés, prépare les ordres, anticipe chaque phase de la prise de contrôle.
Le 20 juillet 1944, lorsque la bombe de Stauffenberg explose à la Wolfsschanze, Olbricht n’hésite pas. Avec Albrecht Mertz von Quirnheim, il déclenche Valkyrie à Berlin avant même d’avoir la confirmation officielle de la mort d’Hitler. Ce choix, à la fois audacieux et désespéré, montre son sens aigu de l’urgence : chaque minute perdue renforce le camp nazi. Mais la survie d’Hitler, rapidement annoncée, fait basculer la situation. Les ordres sont contestés, les soutiens se dérobent, l’opération s’effondre.
Dans la soirée, Olbricht est arrêté au Bendlerblock. Jugé sommairement par Friedrich Fromm, soucieux de sauver sa propre position, il est condamné à mort sans véritable procès. Il est exécuté par peloton d’exécution dans la nuit du 20 au 21 juillet 1944, devenant le premier des conjurés à tomber.
Friedrich Olbricht n’a pas vécu pour voir la chute du régime qu’il avait tenté de renverser. Son action ne fut ni spectaculaire ni populaire, mais elle fut essentielle. Il incarne une résistance fondée non sur la révolte instinctive, mais sur la responsabilité professionnelle et morale. En utilisant les structures mêmes de la Wehrmacht pour tenter de détruire la dictature, il démontra qu’au cœur de l’appareil militaire nazi subsistait une autre idée de l’Allemagne : celle de l’honneur, du droit et du courage civique.