Blog libre, politique et personnel de Monsieur Jean-Pierre Renard: Monarchiste/Gaulliste/Catholique, ancien Conseiller municipal gaulliste de Pierrefitte Sur Seine. Délégué de Debout La France pour la 2 -ème circonscription de la Seine Saint Denis. "Liberté: Je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer liberté" (Paul Eluard)
RAOUL SALAN : DE VERDUN À L’INDOCHINE, PUIS DE L’ALGÉRIE À L’OAS
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Raoul Salan appartient à cette génération d’officiers français dont la carrière traverse presque toutes les guerres et crises militaires françaises du XXe siècle. Né en 1899, il entre à Saint-Cyr pendant la Première Guerre mondiale et rejoint le front en 1918 comme aspirant au 5e régiment d’infanterie coloniale, dans la région de Verdun. L’essentiel de sa formation militaire se déroule ensuite dans l’Empire : Syrie puis surtout Indochine, où il sert pendant de longues années à partir des années 1920 et acquiert une connaissance exceptionnelle du terrain, des populations et des structures politiques de la région. En 1940, il combat sur la Somme ; en 1944, devenu colonel, il débarque en Provence à la tête du 6e régiment de tirailleurs sénégalais, puis participe aux combats de la Libération. Général de brigade en décembre 1944, il retourne après la guerre en Extrême-Orient. Cette expérience indochinoise fera de lui l’un des officiers français connaissant le mieux ce théâtre d’opérations.
Après la mort du général Jean de Lattre de Tassigny en janvier 1952, Salan prend la direction militaire de la guerre d’Indochine. Son commandement est marqué notamment par Na San, à la fin de 1952 : un ensemble de points d’appui fortifiés et appuyés par l’aviation permet aux Français de repousser les assauts du Viêt-Minh. Salan doit cependant affronter un adversaire commandé par Võ Nguyên Giáp qui développe ses capacités logistiques et militaires et étend progressivement la guerre vers le Laos. La stratégie de Salan, prudente et fondée sur sa connaissance des possibilités réelles du corps expéditionnaire, est contestée, notamment par ceux qui souhaitent une attitude plus offensive. En mai 1953, il est remplacé par le général Henri Navarre. Quelques mois plus tard, celui-ci décide d’occuper Diên Biên Phu. L’expérience de Salan en Indochine demeure fondamentale pour comprendre le personnage : il a vu une guerre coloniale devenir progressivement une guerre révolutionnaire et conventionnelle, dans laquelle la supériorité technique française ne suffit pas à produire une solution politique.
En décembre 1956, Salan reçoit le commandement supérieur interarmées en Algérie. Il dirige donc une part essentielle de l’effort militaire français au moment où la guerre contre le FLN atteint une intensité considérable. Lors de la crise du 13 mai 1958, il se retrouve au centre des événements d’Alger et appelle publiquement au retour du général de Gaulle au pouvoir. L’histoire prend alors une direction qu’il n’avait pas anticipée : de Gaulle revient effectivement aux affaires mais s’oriente progressivement vers l’autodétermination puis l’indépendance algérienne. Salan, éloigné d’Algérie puis placé en retraite en 1960, rompt avec cette politique. En avril 1961, avec les généraux Challe, Jouhaud et Zeller, il participe au putsch des généraux à Alger. Le soulèvement échoue en quelques jours, notamment parce que l’essentiel du contingent et de l’appareil militaire refuse de suivre les putschistes. Salan entre alors dans la clandestinité et devient l’un des principaux dirigeants de l’Organisation armée secrète (OAS), responsable d’une campagne d’attentats et d’assassinats visant le FLN mais également des civils et des représentants de l’État français.
Arrêté à Alger le 20 avril 1962, Salan revendique devant la justice ses responsabilités à la tête de l’OAS. Il échappe à la peine capitale et est condamné à la détention criminelle à perpétuité par le Haut Tribunal militaire. Emprisonné notamment à Tulle, il bénéficie de l’amnistie de 1968 ; en 1982, une nouvelle mesure lui permet de retrouver son grade et ses décorations. Il meurt le 3 juillet 1984 au Val-de-Grâce. Peu d’officiers français auront connu une trajectoire aussi spectaculaire et controversée : combattant de 1918, officier colonial, chef de guerre en Indochine, commandant en chef en Algérie, puis général insurgé contre le pouvoir légal et chef clandestin de l’OAS. Son parcours accompagne ainsi tout le mouvement de décomposition de l’Empire colonial français, depuis son apogée de l’entre-deux-guerres jusqu’aux guerres d’Indochine et d’Algérie qui en précipitent la disparition.