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Blog libre, politique et personnel de Monsieur Jean-Pierre Renard: Monarchiste/Gaulliste/Catholique, ancien Conseiller municipal gaulliste de Pierrefitte Sur Seine. Délégué de Debout La France pour la 2 -ème circonscription de la Seine Saint Denis. "Liberté: Je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer liberté" (Paul Eluard)

Erich Fellgiebel, l’homme qui tenta de faire taire le Reich

Erich Fellgiebel (4 octobre 1886 – 4 septembre 1944) fut l’un des plus grands spécialistes des transmissions de la Wehrmacht et, paradoxalement, l’un des hommes clés de la résistance militaire allemande contre Adolf Hitler. Toute sa vie professionnelle se confond avec les réseaux, les lignes et les codes. C’est précisément cette maîtrise de l’invisible qui fit de lui un conspirateur central du 20 juillet 1944.

Entré en septembre 1905 comme cadet dans une unité de transmissions, Fellgiebel choisit très tôt un domaine encore marginal mais décisif. La Première Guerre mondiale confirme son talent technique et son sang-froid. Après 1918, il rejoint Berlin comme officier d’état-major, où il acquiert une réputation rare de rigueur, de fiabilité et d’indépendance d’esprit. Dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, il appartient à cette génération d’officiers pour qui la compétence prime sur l’idéologie.

En 1938, Fellgiebel est nommé chef du corps des transmissions de l’armée et simultanément chef des communications du Haut Commandement des forces armées (OKW). À ce poste, il se trouve au cœur du système nerveux du Reich. Rien ne circule sans passer, d’une manière ou d’une autre, par ses services. Il soutient l’usage généralisé de la machine Enigma, conscient de son importance stratégique, et a connaissance des secrets les plus sensibles, y compris les programmes d’armement comme ceux de Peenemünde. Hitler se méfie de lui, le juge trop indépendant, mais dépend totalement de son expertise.

C’est par ses anciens chefs, notamment Ludwig Beck et Franz Halder, que Fellgiebel est introduit dans les cercles de l’opposition militaire. Pour les conjurés de l’opération Valkyrie, il est indispensable. Sans la neutralisation des communications, aucun coup d’État n’est possible. Fellgiebel accepte ce rôle avec lucidité, sachant qu’il n’existe aucune issue honorable en cas d’échec.

Le 20 juillet 1944, il se trouve à la Wolfsschanze, le quartier général d’Hitler en Prusse orientale, lorsque la bombe de Stauffenberg explose. Fidèle à son engagement, Fellgiebel tente de couper les communications du site afin d’isoler Hitler et de permettre la prise de contrôle à Berlin. Mais très vite, la réalité s’impose : Hitler a survécu. Comprenant que tout s’effondre, il envoie ce message désespéré au général Fritz Thiele : « Quelque chose d’horrible est arrivé. Le Führer est vivant. » En quelques mots, toute la tragédie du complot est contenue.

Arrêté immédiatement, Fellgiebel subit interrogatoires et tortures sans livrer les autres conspirateurs. Traduit devant le Volksgerichtshof de Roland Freisler, il est condamné à mort lors d’un procès-spectacle où l’issue ne fait aucun doute. Il est exécuté par pendaison à la prison de Plötzensee, le 4 septembre 1944.

Erich Fellgiebel n’était ni un romantique ni un agitateur. Il était un technicien de l’État, un officier professionnel qui, au moment décisif, choisit de retourner contre la dictature les outils mêmes qu’elle lui avait confiés. Son geste n’a pas renversé le régime, mais il demeure l’un des actes les plus courageux de la résistance allemande : tenter de faire taire le Reich pour rendre à l’Allemagne sa conscience.

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