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Blog libre, politique et personnel de Monsieur Jean-Pierre Renard: Monarchiste/Gaulliste/Catholique, ancien Conseiller municipal gaulliste de Pierrefitte Sur Seine. Délégué de Debout La France pour la 2 -ème circonscription de la Seine Saint Denis. "Liberté: Je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer liberté" (Paul Eluard)

Paul Schürmann, le général qui revint à pied du chaos

Il existe, dans l’histoire militaire allemande de la Seconde Guerre mondiale, un cas presque unique. Celui d’un général qui ne fut pas seulement un chef encerclé, ni un officier capturé, mais un combattant revenu des lignes soviétiques comme un simple soldat en fuite, après des semaines de marche, de combats et de survie. Cet homme s’appelait Paul Schürmann.

Né en 1895 à Eiringhausen, près de Lüdenscheid, Paul Schürmann appartient à cette génération façonnée par la Première Guerre mondiale. Officier d’infanterie de carrière, il reste toute sa vie profondément attaché au combat terrestre. Intégré à la Reichswehr après 1918, il complète sa formation en 1935 comme ingénieur spécialisé dans le génie des armes et des munitions, un profil technique rare chez un futur général de combat. Jusqu’en 1943, il travaille principalement dans les structures de l’armée de terre, loin des feux de la propagande.

De novembre 1940 à juillet 1942, Schürmann commande le régiment d’infanterie IR 11. Son unité est engagée dans l’un des secteurs les plus meurtriers du front de l’Est, la région de Rjev, théâtre de combats continus et d’une brutalité extrême. Le 5 juin 1942, il reçoit la Croix allemande en or, alors qu’il est encore colonel, distinction réservée aux chefs ayant fait preuve d’un courage et d’une endurance exceptionnels dans des combats prolongés.

En mars 1944, il prend le commandement de la 25e division Panzergrenadier. Le 1er avril, il est promu général-major. Quelques semaines plus tard, l’Histoire s’abat sur lui avec une violence implacable.
Le 22 juin 1944 débute l’opération Bagration, l’offensive soviétique qui anéantit le groupe d’armées Centre. Plus de quarante divisions allemandes sont détruites ou disloquées. Parmi elles, la 25e Panzergrenadier de Schürmann, encerclée dans la poche de Bobrouïsk. L’effondrement est total. Ceux qui ne sont ni tués ni capturés se retrouvent isolés, sans lignes, sans ravitaillement, à des centaines de kilomètres de toute force allemande constituée.

C’est alors qu’apparaît une catégorie presque mythique dans la Wehrmacht de 1944 : les « Durchkämpfer », littéralement « ceux qui se battent à travers ». Des soldats décidés à regagner l’Ouest à pied, en traversant un territoire entièrement contrôlé par l’Armée rouge. Très peu y parviennent. La plupart meurent ou sont capturés en chemin.

Paul Schürmann, bientôt âgé de cinquante ans, fait ce choix. Il refuse la captivité. À la tête d’un petit groupe d’environ trente-cinq hommes, il entame une marche insensée vers l’Ouest. Pendant 42 jours, ils avancent de nuit, se cachent le jour, combattent, contournent les unités soviétiques, traversent forêts, marais et villages hostiles. La faim, l’épuisement et les blessures déciment le groupe.

Au terme d’environ 700 kilomètres, les survivants atteignent la Lituanie. Ils sont méconnaissables : amaigris, mutilés, physiquement brisés. Schürmann est le seul général allemand connu à avoir réussi une telle percée, revenant non pas comme un officier évacué, mais comme un combattant ayant partagé jusqu’au bout la condition de ses hommes.

Un décret spécial prévoit que tout soldat ayant réussi une telle traversée doit recevoir la distinction et le grade supérieurs. Le 2 septembre 1944, Paul Schürmann est promu lieutenant-général et reçoit la Croix de Chevalier. Mais la reconnaissance arrive trop tard pour un corps épuisé. La marche de six semaines l’a durablement détruit physiquement. Jugé inapte au service, il ne reprendra plus jamais de commandement actif.

Paul Schürmann survit à la guerre et meurt en 1978. Son nom reste peu connu, éclipsé par les grands chefs et les figures médiatiques du conflit. Pourtant, son histoire incarne une réalité souvent oubliée : celle d’un général redevenu soldat, marchant, souffrant et combattant pour survivre, au cœur de l’effondrement total de la Wehrmacht à l’Est.

Un destin rare. Presque unique. Et profondément révélateur de la brutalité absolue du front oriental.

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